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Embrasser le Ciel en enlacant un arbre

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Écrit par Georges Charles   
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Embrasser le Ciel en enlacant un arbre
Respiration, décontraction, relaxation et méditation.
Quelques conseils pratiques pour faciliter la pratique
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Retrouver le souffle originel

"Posture de l'Arbre"
"Embrasser un arbre"
"Adossé à un arbre"

posture arbreIl s'agit d'une des postures les plus connues du Daoyin Qigong et qui, en Chine, connaît de multiples appellation et de multiples variantes.

Elle est réputée pour régulariser et accroître l'Energie Vitale (Sheng Qi).

Elle permet également de prendre physiquement conscience de la circulation de celle-ci au travers d'une pulsion profonde, le Grand Flux (Tai Su) qui est à l'origine de la fameuse respiration embryonnaire (Tai Xi) que certains font correspondre au "Mouvement Respiratoire Primaire" (MRP) mis en évidence en ostéopathie et qui est un mouvement profond de l'organisme qui anime celui-ci dès la conception et continue un moment encore après la mort.

Suivant les Taoïstes c'est ce mouvement de grande profondeur qui relie l'être humain au Ciel et à la Terre et qui réalise l'harmonie entre l'énergie cosmique (Shen Qi - littéralement "Souffle-Esprit") et les forces telluriques (Jing Qi - littéralement "Essence-Esprit").

Par le biais de cette pratique qui consiste à "Embrasser le Ciel en enlaçant un arbre" on régularise en profondeur cette pulsion profonde grâce à l'utilisation de la respiration consciente (Huxi) et de la visualisation intentionnelle (Yi).

Il s'agit de la recherche d'une harmonisation profonde entre la posture (Xing), le souffle (Qi), l'intention (Yi) et l'esprit (Shen) pour provoquer une transformation (Hua) ou même une mutation (Yi).

Comme dans l'immense majorité des pratiques classiques cette posture se rattache à des explications précises apportées par les textes classiques ou essentiels propres à la culture et à la pensée chinoise.
Le terme "Embrasser le Ciel" provient, par exemple, du chapitre 42 du Daodejing de Laozi (Tao Te King de Lao Tseu) qui énnonce :
"Le Tao engendre Un.Un engendre Deux. Deux engendre Trois. De Trois naissent les dix mille êtres qui s'adossent au Yin en embrassent le Yang recherchant l'harmonie au sein des espaces intermédiaires".

S'adosser au Yin c'est s'appuyer sur la structure, sur la terre : embrasser le Yang c'est embrasser le Ciel.
L'Etre Humain peut, ainsi, s'inclure dans le Tao matérialisé par le Taiji (voir figure II) ou "Faîte Ultime". Ce Taiji, à l'origine représentait une poutre faîtière, donc ce qui est à la fois au faîte et ce qui soutient la cohésion de la maison.

Le sommet (faite) est visible mais la poutre faîtière ne l'est pas...elle n'en est pas moins essentielle.
Cela explique que le sommet est unique mais que le Taiji peut varier. Un sommet est toujours un sommet mais une montagne ne ressemble pas à une autre montagne. Ni une poutre à une autre poutre.

Il est donc normal que cette posture, bien que considérée comme unique et essentielle, puisse varier suivant les écoles et les enseignements. De plus l'enseignant n'est, somme toute, que le guide qui indique au pratiquant le meilleur moyen d'atteindre le sommet de la montagne. Il peut même aider celui-ci à gravir la pente et à franchir les difficultés mais il ne peut pas remplacer la pratique personnelle de ce pratiquant.

Dans cette posture l'Unité (Un) demeure la cohésion de l'ensemble.
On doit se sentir "Entier comme le bois brut" (Chapitre 15 du Daodejing). Tête, corps, bras, jambes forment une Unité fondamentale.

Deux est ce qui différentie Yin/Yang : haut ou Grand Yang (Ciel) et bas ou Grand Yin (Terre); gauche ou Est (Petit Yang) et droite ou Ouest (Petit Yin); intérieur (Nei) et extérieur (Wai); face et dos; inspire (Xi) et expire (Hu), pensée (Shen) et acte (Dong).

Trois est la relation subtile entre la Terre, l'Homme et le Ciel; la naissance, la vie et la mort; le début, le milieu, la fin, symbolisé par le caractère Wang, l'empereur ou par les figures symboliques du carré (Terre), du triangle (Homme) et du cercle (Ciel).
Les "dix mille êtres" ne sont que la multitude dont chaque représentant est un individu ( du latin individis, unique, qui ne peut être divisé...).

Pour les sages taoïstes chinois cette multitude est à la fois Ren, l'humanité et Ren l'individu, l'être humain unique. Qu'il soit, par ailleurs, homme ou femme, jeune ou âgé, fort ou faible, riche ou pauvre.
Lorsque cet être "s'adosse au Yin", donc à la terre, celle-ci confie son énergie essentielle (Jing Qi) qui s'élève et pénètre le dos. Lorsqu'il embrasse le Yang, donc le Ciel, celui-ci engendre son énergie spirituelle (Shen Qi) qui descend et pénètre la face. Cet être se trouve ainsi dans la position d'un accumulateur qui se recharge peu à peu en profitant au mieux des énergies cosmiques (Shen Qi) et des forces telluriques (Jing Qi) qui s'animent en lui dans le "Grand Flux" (Tai Su).

Il est alors dit que "Les bras enlacent le Ciel, le courage enlace le corps, l'énergie vitale enlace les organes".

Il demeure au pratiquant, par le biais de la méditation, de bien harmoniser ce flux et, éventuellement de le canaliser vers un méridien ou un groupe d'organes.


Respiration, décontraction, relaxation et méditation.

Un des enseignements essentiels de Kongzi, le Maître Kong ou Confucius, consiste à rendre aux mots leur juste valeur.

"Qigong" signifie littéralement "Travail (Gong) du Souffle (Qi)" ou "pratique énergétique".
Il serait étonnant qu'un "travail du souffle" ne tienne pas compte de la respiration (Huxi). Respiration, à son tour, signifie "Relier (Re) l'esprit (Spir) à l'acte (action ou axion)".

En respirant il est donc indispensable d'unir l'acte et l'esprit.
Inspiration signifie, à son tour, "l'Esprit (Spir) agit (action ou axion) à l'intérieur ou "dedans" (in)" tandis que l'expiration signifie "l'Esprit (Spir) agit (action ou axion) à l'extérieur ou " au dehors".

En inspirant il convient de veiller à "remplir" (dedans) en allant de la base vers le sommet.

En expirant il convient de veiller à "vider" (dehors) en allant du sommet vers la base. L'inspire et l'expire, donc la respiration, est ce qui unit l'homme à la terre (base et intérieur) au ciel (sommet et extérieur), donc la matière à l'énergie et le grossier au subtil.

Il convient de particulièrement veiller à ce que la matière soit toujours animée d'un mouvement.
Ce mouvement (Dong) est, dans cette pratique du flux et du reflux, nommé Tui La.
Ce qui signifie simplement "pousser et tirer". Tui (Dui) (pousser) se compose du caractère main et du caractère oiseau ce qui indique la légèreté mais aussi la précision. On retrouve ce même symbolisme en Taijiquan dans le mouvement "Se saisir de la queue de l'oiseau" ( Lan Qiao Wei).
La (tirer) se compose également du caractère main mais accolé au caractère être debout.
Ce caractère indique une grande force qui est indiquée par trois tendons (Li) réunis. Pousser et tirer indique la croissance, le changement, la mobilité.

Comme en Occident, pousser et croître sont des termes également utilisés en ce qui concerne les plantes.
Lorsque ce mouvement est harmonieux il est alors possible d'accueillir, ou de cueillir, (Cai ou Tsai) l'énergie subtile du Ciel Antérieur (Xan Tian) qui est à l'origine profonde de la vie. Une fois encore le caractère Cai (Tsai) signifiant cueillir concerne les plantes. Il est difficile de cueillir (Cai) un fruit sur un arbre donc la croissance n'est pas achevée. Ces nombreuses références au végétal (Mu) donc à l'arbre ont également été à l'origine du nom de cette pratique (enlacer l'arbre).

Taichi arbreCe symbolisme de l'arbre est omniprésent, bien que discret, dans toute la pensée chinoise classique et dans ses applications. On retrouve le symbole de l'arbre dès le premier hexagramme du Yijing (Yi King).
On le retrouve également en acupuncture où il est question des points "racine" et des "branches collatérales".
Ainsi qu'en astrologie avec les "dix troncs célestes" (Tian Gan) et les "douze rameaux célestes" (Di Zhi).

En Taijiquan on parle souvent d'enracinement.
Dans l'Art du Poing Externe, ou Kung Fu Wushu, k'Ecole la plus connu et la plus représentative, lorsqu'il ne s'agit pas de l'un de ses récents ersatz de music-hall, est Shaolin Shi Quan, littéralement le "Poing du Monastère de la Petie Forêt". Difficile d'imaginer une forêt sans arbre !

Le China Shou (Art Souple des Saisies) ancêtre chinois du Jujutsu (Jiu Jitsu) japonais s'éctit avec le caractère Chin (Jin) qui signifie "souplesse" et qui se compose de deux arbres, impliquant un arbre (grand arbre) et une branche (petit arbre). L'imùage de la souplesse est celle d'une branche de saule ployant sous la neige jusqu'à ce que celle ci tombe permettant à la branche de revenir en place. On retrouve ce caractère dans la formation de l'idéogramme "Judo" et il fut donnc utilisé conjoiontement par les Chinois et les Japonais en connaissance de cause !

En énergétique chinoise classique l'élément Bois (Mu) est omniprésent.Or, une fois encore pas de "Bois" sans arbre !

Les textes les plus classiques eux-mêmes utilisent fréquement l'image de l'arbre. Les racines en sont le fondement (Pen) donc ce qui est à l'origine profonde, les frondaisons et les "mille fleurs" sont l'aboutissement tandis que les branches représentent la diversification.
L'arbre est donc à la fois symbole d'unité et de multitude, de commencement et d'aboutissement etr ceci dans la pérènnité eet la longévité.
Il aurait dont été étonnant qu'on ne retrouve pas ce symbolisme essentiel à la Chine dans le "Qigong" classique !

"Se tenir debout comme un arbre" est donc une formule très utilisée pour qualifier cette posture et, en outre d'apprendre à se décontracter : la décontraction est, étymologiquement, ce qui permet d'enlever, de retirer, de supprimer (Dé) ce qui empêche (contre) d'agir (action ou axion).
Retirer ce qui empêche d'agir est donc la phase active (Yang).
En complément l'expiration permet d'apprendre à se relaxer, donc de doubler (Re) le lâcher (lax, lâche) de l'action (action axion) tout en conservant son axe en "se reliant à l'axe". Donc la relaxation.
Laisser faire est donc la phase passive.

Pratiquement, le rapport entre la décontraction, la relaxation et le fait de se relier à un axe permet d'aboutir naturellement à la méditation.

Méditation signifie, à son tour, agir (action axion) centré (médius).
Se relier à un axe et agir centré par le biais de la respiration et au travers d'une posture entre terre et ciel est la caractéristique fondamentale de ce travail.

C'est simplement pourquoi cette posture se nomme également Zhan Chan (littéralement méditation debout) ce qui se traduit en japonais par Ritsu Zen en opposition et en complément de Za Zen (Zhou Chan en chinois).

En Chine elle est donc commune aux pratiques taoïstes (Daoyin) et aux pratiques bouddhistes.


Quelques conseils pratiques pour faciliter la pratique

Le réglage classique de cette posture est défini dans l'hexagramme 31 (Xian)
du Yijing (Yi King): la Mobilisation ou l'Incitation : "déclencher l'influence".

  • A la base de la posture, comme à la base de l'hexagramme, les gros orteils sont écartés entre la largeur des hanches et la largeur des épaules.
  • En second, les talons s'appuient sur un axe Terre/ciel.
  • Ce qui permet en troisième lieu de placer le bassin sur ce même axe.
  • Le quatrième trait correspond à la poitrine qui est bien dégagée.
  • Le cinquième trait correspond au dos, à la colonne vertébrale, et particulièrement à la nuque qui est étendue et repose également sur le même axe Terre/Ciel.
  • Le sixième trait correspond au crâne qui repose sur l'axe au niveau du centre de l'occiput (Yu Zheng ou oreiller de jade). Il est très important que ces points soient bien alignés et sur cet axe fondamental.


Il est donc conseillé, au début, de pratiquer adossé à une mur (Yin !) puis, par la suite de s'en détacher en conservant la notion de ces points de contact et ce cet axe. Retrouver un axe et un équilibre dans le principe d'une orientation est important.

Le langage populaire ne s'y trompe pas lorsqu'il évoque le fait d'être désorienté, déséquilibré ou désaxé.
Une fois ces liaisons réalisées et cet alignement effectué il convient de paisiblement amener les bras en devant de soi comme si on "enlaçait un arbre".

  • Les bras forment donc un cercle idéalement parfait.
  • Les épaules sont basses et décontractées.
  • Les paumes sont vers soi et les pouces sont tournés vers le ciel et se situent à la hauteur du haut de la poitrine (clavicules).
  • Il est possible d'élever ces mains à la hauteur du visage ou de les descendre en face du ventre pour d'autres travaux énergétiques particuliers.
  • La respiration est profonde et ventrale.

Un caractère très ancien décrivait le nombril (Pi) (voir figure 10) comme "ce qui conspire (deux individus qui se suivent pas à pas, deux conspirateurs) avec le crâne (figure d'un crâne et d'une face montrant la fontanelle).
On retrouve encore le sixième trait de l'hexagramme 31 (Xian) : "Incitation de tous les os du crâne, de la mâchoire et de la face". Il convient, debout ou en forme couchée, de "maintenir la position quelques instants, quelques minutes ou un peu plus longtemps".

Peu à peu, par le biais de la respiration profonde qui influe sur le ventre (Pi - le nombril) au niveau du Tan Tien, sur la colonne vertébrale par le biais du coccyx, sur le crâne par le biais de l'occipital, un mouvement tout d'abord imperceptible puis profond anime peu à peu le corps.

C'est la "respiration embryonnaire" (Taixi) animée par le Grand Flux (Tai Su) qui est, en réalité, le mouvement du Taiji donc de la terre (force tellurique) et du ciel (énergie cosmique) et, partant, de l'univers et du Tao.

C'est ce mouvement subtil et profond qui permet une régénération exceptionnelle et il est possible, pendant les vacances, de trouver de multiples endroits pour le pratiquer tant à la campagne qu'à la mer ou à la montagne, sinon en ville.

Il est possible de visualiser très paisiblement un arbre, ses racines, son tronc, ses branches, ses frondaisons, son faîte, le flux et le reflux de la mer sur le sable ou sur des rochers, une montagne imposante avec son adret, son ubac, son sommet et ses sentes ou un être humain libre et debout.

ll est également possible de méditer sur les textes classiques ou les figures du Yijing mais il s'agit alors d'une particularité spécifique à la méditation taoïste ou bouddhiste. Quelques minutes par jour permettent d'en apprécier pleinement les effets.

Attention de ne surtout pas crisper les muscles ou de contraindre le dos, conserver, ensuite une respiration calme paisible et profonde.

En toutes circonstances il convient de bien se décontracter d'abord pour mieux se relaxer ensuite et méditer, enfin.

 
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